Chapelle Royale Notre Dame de Condat à Libourne, entre histoire royale et ex-voto
Libourne - Gironde
À Libourne, cette chapelle médiévale mêle architecture gothique, mémoire des ducs d'Aquitaine, pèlerinages et traditions maritimes. Ex-voto, maquettes de navires, sculptures et récits légendaires composent une visite étonnamment riche.
La Chapelle Royale Notre-Dame de Condat, aux origines de Libourne
À l'écart du cœur de la bastide, dans un environnement plus paisible proche de la Dordogne, la Chapelle Royale Notre-Dame de Condat raconte une histoire bien antérieure à la fondation de Libourne telle qu'on la connaît aujourd'hui. Le quartier de Condat correspond en effet à l'un des berceaux historiques de la ville : avant l'essor de la bastide médiévale, une bourgade s'était développée autour d'un château établi dans cette boucle de la rivière.
La chapelle est le principal témoin conservé de cet ensemble disparu. Ses parties les plus anciennes remontent vraisemblablement au XIe siècle, tandis que l'édifice a été agrandi et transformé au XVe siècle. Inscrite au titre des Monuments historiques depuis 1925, elle réunit aujourd'hui architecture médiévale, décors sculptés, mémoire des ducs d'Aquitaine, traditions de pèlerinage et étonnants ex-voto liés au monde maritime.
Du château des ducs d'Aquitaine à la chapelle royale
L'histoire de Condat est intimement liée à un château aujourd'hui disparu. Les sources patrimoniales situent sa construction au XIe siècle et l'associent aux ducs d'Aquitaine. Avec le mariage d'Aliénor d'Aquitaine et d'Henri II Plantagenêt, le domaine entre dans l'univers des souverains anglais qui contrôlent alors l'Aquitaine.
Le château de Condat devient ainsi une résidence fréquentée par les princes et rois d'Angleterre. Cette histoire explique l'appellation de « chapelle royale » aujourd'hui attachée au sanctuaire. La petite chapelle se trouvait vraisemblablement à l'extérieur même de la forteresse et servait aussi bien aux seigneurs qu'aux habitants des environs.
Après la bataille de Castillon et la reconquête définitive de la Guyenne par le royaume de France, les soldats de Charles VII détruisent le château. La forteresse disparaît, tandis que la chapelle demeure. Elle est ensuite restaurée et agrandie dans la seconde moitié du XVe siècle, probablement sous Charles de Berry, frère de Louis XI et gouverneur de Guyenne.
Une architecture entre gothique et Renaissance
L'édifice visible aujourd'hui résulte donc de plusieurs siècles de transformations. La chapelle conserve une nef rythmée par des arcades ogivales et des voûtes nervurées. Aux points de rencontre des nervures apparaissent écussons, fleurons et sculptures, tandis que l'arc triomphal se distingue par un décor où figurent notamment des animaux fantastiques symbolisant vertus et vices.
La Ville de Libourne rattache une partie importante de ce décor au style Louis XII, période de transition entre gothique flamboyant et premières influences de la Renaissance. Le chœur conserve également des motifs de fleurs de lys qui renforcent le caractère singulier de l'ensemble.
À l'extérieur, le regard est attiré par le pignon occidental percé d'une rosace, les contreforts, les pinacles et les sculptures du portail. Une partie de cette physionomie résulte d'une importante restauration menée au XIXe siècle par les architectes Salmon et Coureau, sous la direction de Viollet-le-Duc.
Notre-Dame de Condat, sanctuaire des pèlerins et des marins
La dimension la plus originale de la chapelle apparaît sans doute à l'intérieur. Notre-Dame de Condat fut pendant des siècles un sanctuaire marial très fréquenté. Les pèlerins y venaient prier la Vierge et le lieu était également associé aux voyageurs se dirigeant vers Saint-Jacques-de-Compostelle.
Une Vierge polychrome occupe une place centrale dans cette dévotion. Autour d'elle se sont développés au fil des siècles récits de miracles et traditions populaires. Une légende raconte notamment que la statue, cachée pendant les guerres de Religion pour éviter sa profanation, aurait ensuite été retrouvée dans un champ avant d'être ramenée solennellement dans son sanctuaire.
La Révolution fournit un autre épisode à cette histoire mouvementée. La chapelle est vendue comme bien national et la statue est mise à l'abri. Le sanctuaire est finalement racheté au XIXe siècle, restauré puis rendu au culte.
Des ex-voto qui racontent la Dordogne maritime
Les liens entre Notre-Dame de Condat et les marins de Libourne, de l'Isle et de la Dordogne constituent l'une des particularités les plus intéressantes de la visite. Les équipages demandaient la protection de la Vierge avant leurs voyages et venaient la remercier après avoir échappé à un danger.
Cette dévotion a laissé plusieurs ex-voto : plaques de remerciement, peintures et surtout maquettes de navires. Ces objets donnent une dimension très concrète à l'histoire religieuse du lieu et rappellent combien Libourne était liée à la navigation et au commerce fluvial.
L'une des traditions les plus spectaculaires rapporte qu'au XVIIIe siècle, des marins ayant survécu à un naufrage accomplirent un pèlerinage de reconnaissance après avoir invoqué Notre-Dame de Condat. Le sanctuaire conserve ainsi une mémoire où se mêlent foi populaire, risques de la navigation et vie quotidienne des anciennes communautés du Libournais.
Une relique entourée de mystère
La chapelle conserve également un reliquaire portant l'inscription Sancti Amatoris. La tradition locale l'associe à saint Amadour, personnage intimement lié au sanctuaire de Rocamadour. L'origine exacte de cette relique demeure toutefois incertaine et participe au caractère mystérieux du lieu.
À proximité du sanctuaire, une autre tradition ancienne concerne une source dite de la Vierge à laquelle la croyance populaire attribuait des propriétés bénéfiques pour les maladies des yeux. Ces récits ne doivent évidemment pas être considérés comme des affirmations médicales : ils appartiennent au patrimoine légendaire et religieux qui s'est construit autour de Condat au fil des siècles.
Vitraux, sculptures et œuvres à observer pendant la visite
Une visite intérieure permet d'aller bien au-delà de la simple découverte architecturale. La chapelle rassemble statues, sculptures, peintures, ex-voto, vitraux et objets religieux. Les vitraux consacrés à la vie de la Vierge constituent notamment une part importante du décor, aux côtés des ornements sculptés des voûtes.
Pour profiter réellement du monument, il faut donc prendre le temps de lever les yeux : clés de voûte, fleurons, figures fantastiques et décors peints sont autant de détails qui peuvent facilement échapper lors d'un passage trop rapide. Les visites commentées durent généralement autour d'une heure et permettent de replacer ces éléments dans l'histoire de Condat et des origines de Libourne.
Un monument sauvé par une longue campagne de restauration
Au début du XXIe siècle, l'état de la chapelle nécessitait d'importants travaux, notamment en raison d'infiltrations et de remontées d'humidité favorisées par la proximité de la Dordogne. Une association dédiée à sa sauvegarde a conduit pendant plus d'une décennie plusieurs campagnes successives.
Les interventions ont concerné notamment la toiture, le campanile, les contreforts, les soubassements, les vitraux, les peintures, l'électricité, les façades, le drainage et l'éclairage intérieur. Cette restauration progressive a permis de préserver le monument et de mettre davantage en valeur son décor. Après treize années de travaux, l'association historique chargée de cette campagne a clôturé son activité en 2025.
Comment visiter la Chapelle de Condat ?
L'intérieur de la chapelle n'est pas proposé comme un monument touristique ouvert en continu avec des horaires fixes. Les visites sont organisées lors d'ouvertures ponctuelles et de visites guidées, notamment par l'Office de Tourisme du Libournais ou à l'occasion de manifestations patrimoniales.
Pour les visites guidées programmées, la réservation est obligatoire. Les visites habituelles sont proposées autour de 7 € en plein tarif, tandis que certaines ouvertures exceptionnelles du patrimoine sont gratuites. Il est donc préférable de vérifier le programme disponible avant de prévoir spécifiquement un déplacement pour découvrir l'intérieur.
Le site touristique est indiqué comme accessible aux personnes en situation de handicap, sans précision suffisante pour garantir une accessibilité intégrale de tous les espaces. Un parking est signalé à proximité. Les animaux ne sont pas admis lors des visites guidées référencées par les offices de tourisme locaux.
Pourquoi intégrer Condat à une découverte de Libourne ?
La chapelle permet de comprendre que l'histoire locale ne commence pas avec le plan régulier de la bastide du XIIIe siècle. Condat offre un aperçu d'une période plus ancienne, lorsque le territoire était organisé autour d'une résidence ducale puis royale dominant la Dordogne. C'est donc un complément particulièrement intéressant à la découverte du patrimoine de Libourne.
Après cette parenthèse historique, une sortie plus contemporaine peut se poursuivre au Multiplex Grand Écran de Libourne. Et pour prolonger l'exploration du patrimoine médiéval et viticole du secteur, notre sélection consacrée à Saint-Émilion, ses activités et ses visites permet d'enchaîner cité médiévale, monuments souterrains, vignobles et châteaux.
Modes de paiement
- Réservation en ligne
Animaux
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Où se trouve Chapelle Royale Notre Dame de Condat ?
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Fiche créée le 15/03/2025, dernière mise à jour le 19/07/2026.






