Barbaste : Moulin des Tours, Henri IV et patrimoine au bord de la Gélise
Barbaste - Lot-et-Garonne
Au bord de la Gélise, Barbaste dévoile l’un des paysages médiévaux emblématiques de l’Albret avec le Moulin des Tours et son pont roman. Histoire d’Henri IV, patrimoine rural et chemins de promenade prolongent la découverte.
Barbaste, porte médiévale de l’Albret
Posée sur les rives de la Gélise, entre coteaux gascons et premiers paysages de la forêt landaise, Barbaste offre une halte où le patrimoine monumental dialogue avec la randonnée et le cyclotourisme. Le village est indissociable du Moulin des Tours et de son pont roman, silhouette fortifiée devenue l’un des emblèmes du Lot-et-Garonne.
Barbaste appartient à l’Albret, ancienne principauté étroitement associée à Henri de Navarre, futur Henri IV. Autour du monument principal, le bourg, les hameaux de Béas et Lausseignan, les petites églises et les anciens moulins composent un territoire plus étendu qu’une simple visite au bord de la rivière.
Le Moulin des Tours, forteresse sur la Gélise
Édifié peu avant 1308, le Moulin des Tours est présenté comme le plus grand moulin fortifié de France encore existant. Son plan carré d’environ 15 mètres de côté est flanqué de quatre tours crénelées d’inégale hauteur, dont la plus élevée atteint 29 mètres. Meurtrières, chemin de ronde et position dominante lui donnent davantage l’allure d’un château que celle d’un moulin rural.
Cette architecture répondait à une double fonction. Les meules exploitaient la force de la Gélise pour produire de la farine, tandis que le bâtiment contrôlait le passage et le péage du pont voisin. Le site se trouvait sur la Ténarèze, ancienne voie de circulation reliant les Pyrénées à la Garonne, au croisement d’un axe tourné vers l’océan Atlantique.
Le monument se situe à la lisière administrative de Nérac, mais son histoire, son paysage et son nom restent intimement liés à Barbaste. Avec le pont, le barrage, les maisons industrielles et le petit moulin du Batan, il forme un ensemble cohérent à observer depuis les deux rives.
Henri IV, le « meunier des Tours de Barbaste »
Entré dans le patrimoine de la maison d’Albret au début du XIVe siècle, le moulin revient ensuite à Henri de Navarre par la lignée de sa mère, Jeanne d’Albret. Le futur roi fréquentait le secteur lors de ses séjours à Nérac et lorsqu’il partait chasser dans la forêt des Landes de Gascogne.
Henri aimait se présenter comme « le meunier des Tours de Barbaste » et aurait utilisé cette formule pour signer certains actes. Si de nombreux récits pittoresques relèvent de la légende henricienne, les archives attestent ses passages ainsi que des travaux entrepris sur le barrage en 1579 et sur le pont en 1606.
La forteresse fut prise durant les troubles religieux de 1621, puis occupée une dernière fois par des frondeurs en 1653. Elle échappa aux grandes campagnes de démantèlement des places fortes, probablement parce que son activité de moulin continuait à générer des revenus.
Du moulin médiéval à l’aventure industrielle
Le XIXe siècle marque l’âge d’or industriel du site. À partir de 1848, le meunier Antonin Bransoulié modernise l’exploitation avec une turbine commandant huit meules, une machine à vapeur et une étuve. Il fait aussi construire ou transformer plusieurs bâtiments et relie le Moulin des Tours au moulin du Batan par une passerelle métallique au-dessus du barrage.
La minoterie devient ensuite une entreprise d’envergure nationale sous le nom de Moulins d’Henri IV, dont les farines sont récompensées lors d’expositions. Après le déclin de la meunerie, les bâtiments servent à la production d’électricité et à l’industrie du liège. Un incendie majeur ravage le moulin en 1937 ; les restaurations commencent après la Seconde Guerre mondiale et se poursuivent à partir de son acquisition par les collectivités.
L’association des Amis du Moulin des Tours, créée en 1986, joue un rôle important dans sa sauvegarde et sa valorisation. Les travaux menés depuis les années 1990 ont permis de restaurer les parements puis les espaces intérieurs, ouverts à la visite libre depuis 2020.
Le pont roman et le plus beau point de vue
Long d’environ 95 mètres, le pont roman fut construit entre le XIIe et le XIIIe siècle. Ses dix arches en plein cintre franchissent la Gélise au pied des tours. Des avant-becs aménagés sur les piles servaient à fendre le courant et offraient des espaces où les usagers pouvaient se croiser sur le tablier étroit.
Les études patrimoniales évoquent également un pont-levis défendant autrefois son débouché. Classé Monument historique, l’ouvrage reste le meilleur endroit pour apprécier les quatre tours, le barrage et leur reflet dans la rivière. La lumière du matin et celle de la fin de journée soulignent particulièrement bien la pierre et les volumes de la forteresse.
Visiter l’intérieur du moulin
Les extérieurs sont accessibles librement et gratuitement toute l’année. L’intérieur ouvre de manière saisonnière, principalement du printemps à l’automne, avec des jours de visite variables. Les horaires peuvent aussi être aménagés lors des épisodes de forte chaleur : une vérification auprès du site officiel est donc indispensable avant le déplacement.
La visite libre dure environ 30 minutes. Elle comprend des maquettes du monument et du mécanisme des meules, une exposition retraçant près de huit siècles d’histoire et un livret destiné aux enfants. Un plan est remis à l’accueil pour suivre le parcours.
L’accès récent aux parties hautes permet de gravir 61 marches dans l’escalier médiéval et de contempler Barbaste depuis les tours. Cette ascension est difficile et déconseillée aux personnes âgées ou présentant des difficultés de santé ou de mobilité.
L’entrée libre des intérieurs coûte environ 3 € pour un adulte, tandis qu’une visite guidée consacrée à l’empreinte d’Henri IV revient à environ 6 €. Des animations familiales, des visites de groupes et des découvertes nocturnes sont proposées selon le programme. La réservation en ligne est possible pour les visites du monument, mais elle n’est pas nécessaire pour découvrir le village, le pont et les extérieurs.
Une aire de pique-nique est signalée sur le site. Les chiens ne sont pas admis dans le parcours de visite du Moulin des Tours, même si les espaces publics du village relèvent de règles distinctes.
Le moulin du Batan, plus ancien que les Tours
Sur la rive gauche se trouve le moulin du Batan, également appelé moulin de Boc. Malgré son apparence plus modeste et sa proximité avec la grande forteresse, la tradition locale le considère comme son aîné. Des religieux cisterciens puis des bénédictins de Condom l’auraient exploité au Moyen Âge en même temps que le pont et son péage.
Le bâtiment a connu plusieurs usages : moulin à chanvre et à drap, installation destinée au travail de la laine, puis moulin à farine. Son activité décline avec l’électrification et les incendies industriels. Restauré comme résidence, il conserve un ancien droit d’eau permettant encore de faire fonctionner son mécanisme après entretien.
Églises, hameaux et patrimoine du bourg
L’église de Barbaste
L’église actuelle remplace l’ancienne église paroissiale du couvent des Franciscains, devenue trop petite et nécessitant d’importantes réparations. Conçue par l’architecte départemental Léopold Payen, elle est achevée en 1882. Son plan allongé comprend trois vaisseaux et un clocher en pierre de taille.
Lausseignan, ancienne juridiction
Lausseignan a conservé une identité forte. Ce hameau, autrefois appelé Lassignan, porta le titre de ville presque jusqu’à la Révolution et formait une paroisse et une juridiction distinctes. Un hôpital fondé par le seigneur local y accueillait les malades, les mendiants et les personnes sans ressources.
Son église Saint-Jean-Baptiste remonte au XIIIe siècle, mais fut presque entièrement reconstruite au début du XVIe. Les départs de voûte, les chapelles latérales et une ancienne porte en anse de panier témoignent encore de cette campagne gothique.
Le Béas et la Ténarèze
Le hameau du Béas se trouvait sur le « Grand Chemin » de la Ténarèze, utilisé pour le commerce, les déplacements religieux et la transhumance. Son église à mur-clocher est dédiée à sainte Quitterie, princesse wisigothe de la tradition chrétienne gasconne.
Dans le centre, le château Faulong est une demeure de la première moitié du XVIIe siècle. Il aurait été construit pour Carbon de Faulong, intendant des chasses d’Henri de Navarre et commandant des Tours de Barbaste à la fin du XVIe siècle. Il s’observe depuis l’espace public mais ne doit pas être considéré comme un monument librement visitable.
Randonnées entre rivière, coteaux et forêt landaise
Barbaste constitue un excellent point de départ pour marcher au-delà du bourg. La boucle de Béas et Lausseignan parcourt 15,5 km, avec environ 305 mètres de dénivelé, entre rives de la Gélise, coteaux, hameaux et forêt. Plus courte, la promenade du Brout forme une boucle de 7 km sur des terrains sableux, parmi les pins, chênes et acacias.
D’autres itinéraires suivent les traces attribuées au jeune Henri de Navarre, longent la rivière ou rejoignent Nérac. Les fiches officielles et traces GPX sont utiles, car les chemins forestiers peuvent comporter des embranchements et des secteurs sablonneux.
Barbaste à vélo sur la Scandibérique
Au pied du Moulin des Tours commence une voie verte de 23 km reliant Barbaste à Sos. Aménagée sur une ancienne ligne ferroviaire, elle suit la vallée de la Gélise et appartient à la Scandibérique, l’EuroVelo 3. Son faible dénivelé et son revêtement majoritairement en castine, constitué de graviers très fins, conviennent particulièrement aux VTC et aux vélos gravel.
Barbaste est également reliée à la véloroute de la vallée de la Baïse. Celle-ci permet de poursuivre vers Nérac, son château Renaissance et le parc royal de la Garenne, puis vers Moncrabeau. Les familles peuvent choisir les portions en voie verte, tandis que les cyclistes sportifs disposent d’itinéraires routiers plus vallonnés.
Conseils pour organiser une journée à Barbaste
- Commencer par le pont roman afin de comprendre la relation entre la rivière, le péage et la forteresse.
- Prévoir des chaussures stables pour les 61 marches des parties hautes du moulin.
- Vérifier le calendrier intérieur du monument, plus restreint que l’accès permanent aux extérieurs.
- Emporter de l’eau en été et contrôler les adaptations liées aux alertes de chaleur.
- Combiner la visite avec un pique-nique, une courte promenade forestière ou une portion de voie verte.
- Choisir un VTC ou un gravel pour le parcours en castine vers Sos.
Pour élargir l’escapade en Lot-et-Garonne, le guide consacré aux parcs, promenades et monuments à découvrir autour d’Agen permet d’associer le patrimoine de l’Albret aux rives de la Garonne et aux activités familiales de la préfecture.
Enfants & famille
- Convient aux enfants 4-6 ans
- Convient aux enfants 7-12 ans
- Animations enfants

Le Moulin des Tours accueille une exposition itinérante autour des reliques de Saint-Louis à Lamontjoie, accessible pendant la saison de visite intérieure.
Du 7 avril 2026 au 30 octobre 2026
Où se trouve Barbaste ?
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Fiche créée le 17/10/2025, dernière mise à jour le 17/10/2025.





